Préparation à la naissance

Allaitement, la question de la culpabilité

Hier, ma mère a dit Je vais te donner un conseil et je ne t’en donnerai qu’un seul. Connaissant ma mère, il est très probable qu’elle tienne parole. L’éducation de notre petit d’homme entrainera certainement des désapprobations qu’elle n’exprimera pas.
Le seul conseil qu’elle me donnera, c’est donc celui-là :
Tu veux allaiter. Tu vas essayer. Mais si ça ne marche pas, tu ne te forceras pas. Tu arrêteras et tu ne culpabiliseras pas.

Elle a pris mon père et Thésée à témoin. Qui ont approuvé. Thésée qui préfèrerait que son enfant soit allaité mais qui depuis quelques semaines sent chez moi la pression monter (de lait, haha).

A l’entretien pré-natal, j’ai dit à la sage-femme que je souhaitais allaiter, que si ça marchait tant mieux, que si ça ne marchait pas, tant pis. J’ai dit que j’avais vu les dégâts occasionnés par la culpabilité de ne pas y arriver chez ma sœur et mon amie Diane. Janis a demandé à Thésée ce que lui souhaitait et il a répondu que c’était moi qui déciderais. Janis a délicatement mentionné le rôle de soutien qu’il avait à jouer si je me décourageais. Sans que je me sente jugée ou forcée, elle a dit que ça valait le coup de persévérer. Qu’il y avait souvent un cap à passer, évidemment pas au détriment de mon moral.

Il y a trois mois donc, je me prodiguais le même conseil que me donnerait ma mère un trimestre plus tard, je pensais que la culpabilité en cas d’échec ne passerait pas par moi. Il y a trois mois, Janis avait aussi noté dans mon dossier « péridurale +++ » alors qu’aujourd’hui je compte essayer de m’en passer. Ça, c’est une autre histoire mais ça illustre tout autant l’évolution de ma pensée. Mon pressentiment était fondé quand, au moment de titrer mon blog, l’idée du cheminement s’est imposée.

Avec lucidité, je réalise aujourd’hui combien la frustration serait grande de ne pas y arriver et que même préparée à cette idée, la culpabilité viendrait inévitablement s’insinuer. Parce qu’en quelques mois de grossesse, à force de cheminement personnel et sous l’influence du corps médical et des lectures qu’on est amené à faire, on intègre bien le fait que le lait maternel est la meilleure nourriture qu’on puisse donner à son nouveau-né. On a donc vite fait de penser que l’on sera une mauvaise mère si on en vient à renoncer.

Il est tout à fait possible que l’allaitement se passe bien. Il est tout aussi (voire encore plus) probable que l’on rencontre des obstacles. Comment les dépasser ? Comment trouver les ressources pour persévérer dans ce moment de vulnérabilité qu’est le post-partum ? Quand et comment savoir renoncer, en évitant regrets et culpabilité ?

En anticipant peut-être.
En se documentant en amont, on comprend comment ça marche, on prend connaissance des problèmes qui peuvent se poser et donc des solutions proposées. En préparant son entourage, et tout particulièrement son conjoint, il sera plus à même d’apporter le soutien approprié.
Ce soutien consiste je crois à : accepter et respecter le choix initial que la femme a fait (cela vaut tout autant envers celle qui décide de ne pas allaiter), la soutenir dans ce choix et cette démarche, l’encourager dans les moments de fragilité, la laisser exprimer ses doutes et sa souffrance, l’accompagner dans sa décision qu’elle soit de persévérer ou de renoncer.
Ce soutien doit être un accompagnement et jamais une injonction à faire ou ne pas faire. Par inquiétudes, par certitudes, nous croyons souvent qu’il est de notre responsabilité de conseiller nos proches sur la conduite à tenir. Nous cherchons à relativiser, parfois à minimiser les difficultés, pensant qu’elles paraitront moins pénibles. Nous exerçons ainsi, consciemment ou non, une pression supplémentaire sur celui qu’on essaie de décharger d’un poids. Nous oublions qu’il est plus facile de regretter une décision qui nous a été dictée qu’une décision qu’on a prise. La femme qui vient d’accoucher peut être vulnérable et c’est précisément pour cette raison qu’elle ne doit pas être infantilisée et privée de ses arbitrages.

 

Grossesse

C’est un peu court… et puis non

Cette nuit, poussée par un nouvel épisode de contractions rapprochées (et trop de recherches Google-c’est le mal), je finis par appeler les urgences gynéco qui me disent de venir. Thésée abandonne son comptoir. Pour la première fois depuis des mois, je sens une montée de stress. L’hôpital est désert. On est pris en charge très vite. Je me retiens de taper l’élève sage-femme qui appuie à me faire hurler sur ma symphyse pubienne. Le monitoring confirme un utérus contractile. Le sage-femme de garde fait le même constat au toucher que Cassandre la veille : col raccourci. L’interne en obstétrique m’explique ce qu’est une échographie endo-vaginale (haha). L’examen est beaucoup plus fiable et c’est tant mieux parce qu’à l’écran mon col fait 40mm et joue donc bien son rôle de verrou utérin. Bébé a bien la tête en bas mais n’appuie pas dessus. Et il est en pleine forme. Il faut surveiller, ne pas hésiter à revenir, limiter les efforts pour limiter les contractions mais ils sont tous très rassurants ! Je vois s’éloigner les lettres MAP (Menace d’Accouchement Prématuré), dont l’anagramme trop familier réveillait en moi l’angoisse d’une traversée compliquée. 

Grossesse

L’ostéopathie intrapelvienne 

Après avoir essayé l’ostéopathie classique, l’acupuncture, l’homéopathie, la méditation et le Qi Gong, j’ai fini par suivre le conseil de ma sage-femme pour soulager mon syndrome de Lacomme. Janis m’a envoyé essayer l’ostéopathie intrapelvienne chez Cassandre, une sage-femme spécialisée.

Je vous disais le mois dernier que Janis était un peu perchée. Bah à côté de Cassandre, Janis c’est Descartes réincarné.
Lors de ma première séance il y a deux mois, j’ai hésité à prendre mes jambes à mon cou  à peine installée. Cassandre est haptonome mais elle n’a pas besoin de toucher mon ventre pour communiquer avec mon fœtus. Bébé lui parle directement quand je suis assise en face d’elle. Oui oui, elle s’interrompt parce qu’il lui « parle ». Et ça au bout de 5 minutes d’entretien (juste après m’avoir expliqué qu’elle procédait à deux touchers vaginaux et un anal). Je vous laisse imaginer mon sourire crispé. C’est donc les mâchoires et l’anus un peu serrés que je m’installe sur le matelas. Elle me propose deux gouttes d’élixir floral parce que ça l’appelle depuis le matin. Oui oui ça « l’appelle ». Une goutte pour la féminité, une autre pour les ancêtres… Au point d’incrédulité où j’en suis à ce moment là, elle pourrait tout aussi bien me dire qu’un farfadet embouteille l’eau-de-vie dans la pièce d’à-côté. J’ai pas bu d’alcool depuis 5 mois, j’ai l’impression de me prendre un shoot sur le comptoir de Thésée.
La séance qui suit est contre toute attente miraculeuse. Cassandre a un côté allumée mais c’est la délicatesse incarnée. Le travail est désagréable mais pas douloureux. Elle a les mots et les silences qu’il faut. Je sens les tensions se dénouer sous ses doigts. Elle suppose un sacrum fêlé et des adhérences sur le côté gauche (l’ostéo classique me l’avait diagnostiqué aussi). Et révélation ultime pour moi, je prends conscience de mon périnée. Pas juste le muscle qu’on sent quand on s’exerce à touche-pipi, non le muscle intégral sur lequel reposent mes organes. Le hamac dont me parle mon haptonome prend enfin sens. Cette découverte est essentielle pour moi, c’est grâce à elle que j’envisage mon accouchement sereinement. Ça peut paraître obscur mais j’ai l’impression de panser une déchirure, d’enfin reconnecter ma tête à mon ventre. C’est une approche qui devrait être conseillée en PMA, parce qu’il y a toujours, quand les essais s’éternisent, un moment où l’on a l’impression de se battre contre son propre ventre.

J’ai déjà fait trois séances. C’était pas gagné au départ mais Cassandre m’inspire confiance. Elle fait aussi des manipulations externes, très douces et de l’osteo crânienne. Je sors toujours épuisée mais je gagne en mobilité. Pendant les jours qui suivent, je peux de nouveau soulever la jambe gauche sans souffrance. Les douleurs au périnée et au coccyx sont devenues rares. Seule la symphyse pubienne résiste et là, même elle dit que c’est l’accouchement qui m’en libèrera.
Cassandre exerce à l’hôpital. Il y a donc une petite chance qu’elle soit là quand ça arrivera. La mauvaise nouvelle de la séance d’hier, c’est que ça pourrait arriver bien plus tôt que prévu. Les contractions se sont multipliées depuis deux semaines et ont modifié mon col. Court, mou mais encore fermé : repos forcé. L’échographie des 32sa est prévue le 17 mai. A moins que le stress nous pousse plus tôt vers la maternité.

Grossesse

Le syndrome de Lacomme (entre indifférence et impuissance du corps médical)

Parfois ça soulage de mettre des mots sur des maux. Le mal a un nom, il s’appelle syndrome de Lacomme. C’est une pathologie, pas une maladie. On la considère comme trouble mineur de la grossesse. Et on la dit sans remède. Dans ces cas là, ça ne soulage pas de mettre des mots sur des maux. 

C’est une pathologie courante. Elle touche 1 femme enceinte sur 5. Plus ou moins lourdement. Plus ou moins tôt. Majoritairement à 5-6 mois. Moi ça a commencé dans le 3e mois. J’ai toujours aimé défier les statistiques. 

Les symptômes sont des douleurs localisées dans le bassin : symphyse pubienne, ceinture pelvienne, fesses, bas-ventre, aines. Elles se manifestent par des sensations de pesanteur, tiraillements, décharges, déchirements. Elles seraient dûes aux étirements des ligaments et des tendons de cette région du corps. Peut-être dit-on aussi aux hormones… Elles peuvent devenir si violentes qu’il devient impossible de marcher. 

Il y a le regard démuni de la sage-femme, les mots compatissants de l’haptonome, la répétition impuissante des gestes de l’ostéopathe, l’ignorance du médecin généraliste qui conseille de faire du vélo (!!) et de s’enfiler du paracétamol à haute dose. Vous êtes menue c’est pour ça, à votre deuxième grossesse ça ne le fera pas. Ce qui me fait une belle jambe et est complètement faux. Le syndrome se reproduit, voire s’aggrave de grossesse en grossesse. 

L’avantage c’est que ce n’est pas dangereux pour le fœtus et que ça diminue puis disparaît après l’accouchement. C’est pourquoi on dit le mal « mineur » et certainement aussi pourquoi on ne lui cherche/trouve pas de solution. À mal mineur, minorisation de la douleur. La femme enceinte souffre, c’est normal, c’est la vie diraient certains médecins.

Moi je crois que ce n’est pas normal d’avoir l’impression que son sexe se déchire au moindre mouvement : se tourner la nuit dans son lit, sortir de la voiture, lever le pied pour marcher, se baisser pour ramasser un objet. Je crois que ce n’est pas la vie de finir sa grossesse dans un fauteuil roulant comme je l’ai lu dans trop de témoignages. Je crois que ce n’est pas mineur quand l’épuisement généré par la douleur peut conduire à un accouchement précoce ou avancé sur décision médicale. 

Comme je ne suis pas une défaitiste, que je déteste qu’on me dise c’est comme ça, que le parcours en PMA m’a appris à creuser toutes les possibilités et à remettre en doute les avis du personnel médical compétent, que je garde un bon moral tellement je suis contente d’être enceinte malgré ça, je persévère à trouver des pistes d’amélioration et j’y crois !

Je consacrerai un article entier à l’ostéopathie intra-pelvienne. C’est pour moi ce qui se révèle le plus efficace pour soulager la douleur. C’est la découverte que fait d’ailleurs cet ostéopathe révolté par le manque de considération du corps médical envers sa femme atteinte du syndrome de Lacomme. 

Pistes complémentaires 

On evite les efforts prolongés. Mieux vaut bouger peu en plusieurs fois. Pas de natation, la brasse notamment se terminerait en torture. La douleur s’accentue dans les heures qui suivent l’activité. J’ai souffert le martyre après une séance d’antigym pourtant c’est pas bien violent… Dans les efforts ponctuels comme le geste fou de lacer ses chaussures, éviter de bloquer sa respiration, expirer profondément, longuement. Réflexe magique et qui devrait se révéler sacrément utile d’ici trois mois… 

On peut commander pour une trentaine d’euros une ceinture de grossesse type Physiomat. Moi ça me soulage dans la marche. 

2 mois de traitement homéopathique chez moi n’a pas eu d’effets. J’évite tout médicament allopathique même ceux supposés innofensifs. J’ai lu plusieurs fois qu’une cure de magnésium peut être bénéfique. À voir avec la sage-femme si ça vaut le coup. 

J’ai fait une séance d’acupuncture, sans conséquences. Je réessaierai peut-être. On peut se pencher vers l’ostéopathie, chez moi ça génère un léger soulagement. Ou tester la kinésithérapie. Les massages des jambes, bercements et decambrages enseignés par l’haptonome à Thésée font du bien. 

J’ai lu plusieurs fois que le sexe était conseillé. Je n’y vois pas d’efficacité sur le long terme mais c’est bon pour le moral ! Ça génère des endorphines, ce qui endort temporairement la douleur. Évidemment impossible de tester l’intégralité du kama-sutra, on se concentre sur les positions qui tirent le moins sur les ligaments du bassin.  Souvent celles conseillées pendant la grossesse de toute manière. Pour éviter que la pénétration n’augmente les douleurs de contractions du périnée, on desserre ses mâchoires. Ça paraît absurde mais c’est magique. Je reviendrai sur ce lien mâchoire-périnée dans un article sur la préparation à l’accouchement avec l’antigymnastique. 

Le repos reste le meilleur des alliés. Mon arrêt est prolongé. Je risque de ne pas retourner travailler d’ici mon congé maternité. C’est frustrant mais je peine à marcher et suis épuisée. Les douleurs nocturnes sont les pires. Il faut arriver à maintenir une parfaite immobilité… difficile en dormant. Du coup multiplier les siestes dans la journée. Au moins s’allonger. 

Voilà c’est un article un peu long mais qui j’espère sera utile à celles souffrant du même syndrome qui tomberont dessus au gré de leurs recherches sur ce mal mal-connu. Pour s’informer plus encore sur le sujet, je conseille la lecture du mémoire d’Elsa Barré, diplômée de l’école de sage-femmes de Caen en 2013 : Le syndrome de Lacomme : quelle prise en charge ? Ça donne envie que des chercheurs creusent les études qu’elle y mène. 

Grossesse

J’ai glissé dans l’escalier

Le temps de mon arrêt je me suis éloignée des travaux de la maison et suis allée me mettre au vert chez mes parents. 

C’est arrivé hier matin. 

Je m’étais réveillée de bonne humeur. J’avais dormi longtemps. J’étais sortie du lit sans douleur pour la première fois depuis deux mois. La maison était vide. J’avais enfilé un tee-shirt oublié par mon frère. J’étais montée à l’étage pour me peser. J’avais souri devant le poids annoncé. Je m’étais étirée en haut de l’escalier. J’avais posé le pied sur la première marche. Trop loin. 

C’est une chute d’une seconde. Une seule seconde pendant laquelle on a le temps de penser à un millier de choses. Toutes concentrées sur la protection d’une chose en particulier. Le cerveau reptilien prend le relais. Basculer son corps vers l’arrière. Calculer l’angle de l’escalier. Freiner du pied. Attraper la rampe. Tourner son bassin pour amortir de la fesse. Dix marches plus bas, je me redresse et m’assois. Je scanne mentalement et rapidement les points d’impact. C’est vif mais les coups pris par le pied, l’avant-bras et la fesse gauches sont artificiels et se transformeront en hématomes. Le pouce droit par contre est tordu. J’ai un trait de caractère utile, je cède rarement à la panique. Je puise à toute allure dans la bibliothèque de mon cerveau. Qu’est-ce que j’ai lu sur les chutes pendant la grossesse ? Bébé est extrêmement bien protégé dans sa bulle de liquide amniotique et je ne suis pas tombée sur le ventre, pas de raison de s’inquiéter. J’ai épargné mon coccyx et donc évité d’aggraver les douleurs pelviennes. Mais mon cœur s’est emballé. Il faut donc rassurer bébé. Je pose tant bien que mal mes mains sur mon ventre. Je respire en profondeur pour essayer de ralentir mon rythme cardiaque et diminuer la douleur. Pendant cinq minutes, rien ne se passe. Je calcule qui de mon père, ma mère ou mon amie Diane mettrait le moins de temps à arriver si je l’appelais. Mais ça y est, il a bougé. 

J’appelle Thésée. J’ai un peu honte d’être tombée. Je sais qu’il sera inquiet. Après avoir raccroché, je trouve de la glace, googlise « entorse du pouce », avale des granules d’arnica. J’appelle Janis, ma sage-femme qui me conseille les compresses de chou vert, c’est anti-inflammatoire. L’articulation est touchée, j’en ai pour des semaines avant de pouvoir plier le pouce sans douleur. Quand il rentreront déjeuner, ma mère demandera si j’étais en chaussettes, mon père dira il faut faire attention. J’aurai de nouveau 13 ans. Quand j’avais glissé dans l’escalier de notre terrasse. C’était une autre maison. Je m’étais ouvert l’arrière du crâne sur une marche en pierre. Depuis deux mois que les ostéopathes me demandent si je suis tombée sur le sacrum, c’est à cette chute que je repense. La veille encore je l’évoquais avec l’haptonome. 

Grossesse

Des bienfaits de l’haptonomie sur l’ouverture du corps

C’est un numéro qu’on se passe un peu sous le manteau. Elle était pédiatre. Elle pratique l’haptonomie depuis 35 ans. Elle a eu l’autorisation de rester conventionnée à sa retraite. Elle exerce chez elle deux jours par semaine. C’est une collègue qui m’a recommandée. Je l’appelle Molly comme la fille qui dans Ghost faisait de la poterie et parlait aux esprits.

J’avais entendu parler de l’haptonomie par de nombreuses personnes sans creuser le sujet. Les hommes surtout avaient des paillettes dans les yeux quand ils évoquaient l’expérience. Du coup je voulais surtout le faire pour Thésée. J’avais googlisé rapide, étais restée sceptique sur la « science de l’affectivité », avais lu que c’était contradictoire avec une préparation à l’accouchement classique. Or moi qui aime bien le classique quand je me lance dans l’inconnu et qui avais envie d’être accompagnée par ma sage-femme Janis, ça me contrariait que ça soit contradictoire. Alors si ça nous plaisait et si financièrement c’était gérable j’allais insister pour faire les deux. Je n’ai pas eu à insister, Molly dit que tout est bon à prendre. Sauf nos économies ! Puisqu’elle est conventionnée, on garde les remboursements de la Sécu sur la prépa classique et on amortit les 60€ du coût de la séance grâce aux feuilles de soins.

Molly a des mains magiques. Sous elles, bébé réagit immédiatement et vient se coller dans leurs paumes.  Elle a une approche simple et très didactique. Elle dit bien d’ailleurs que c’est une approche, pas des exercices. Elle s’exprime et explique par le geste. Elle appuie sur l’épaule de Thésée pour montrer la différence entre un appui et un soutien. Elle m’apprend à faire de la place au bébé. Qui depuis a arrêté de s’appuyer sur ma vessie. Le pouvoir de suggestion, de projection a un rôle primordial : à imaginer un matelas de plumes en place du périnée et un parapluie dans sa cage thoracique, on parvient à agrandir le ventre. Bébé ayant plus de place dans l’utérus, il bouge plus facilement, circulant là où on l’invite de la main ou de la pensée. Les mains de Thésée révèlent leur pouvoir sous ses conseils. Bébé les préfèrent aux miennes, il sort de son sommeil pour s’y coller dès qu’elles se posent sur mon ventre. Simplement posées, bienveillantes, ses mains soulagent les tensions. Molly lui apprend à masser, étirer, bercer. Elle adapte le programme en fonction de mes douleurs pelviennes et nous donne des trucs pour les soulager.

Je ne suis pas totalement à l’aise sous ses mains caressantes et me crispe quand elle veut que je m’assois sur ses genoux. Je ne suis pas tactile et les étreintes en dehors de celles de mon père et celles de Thésée me sont habituellement désagréables. J’ai été élevée dans la sécurité affective mais sans que ça passe par des démonstrations de tendresse de la part de ma mère. L’amour ne passait pas par le geste. Au point que je me demande si je ne vais pas reproduire malgré moi ce schéma maternel. Je prends sur moi dans ces séances d’haptonomie. Je croyais faire ça pour Thésée. Mais je sens que des verrous cèdent et me préparent à mon devenir-mère. Cette pratique réveille en moi le besoin du toucher. C’est nouveau, ça m’effraie un peu parce que j’ai l’impression de régresser dans la recherche d’un réconfort mais ça complète le travail analytique entamé au moment de l’entrée en PMA et qui m’aide à acquérir une meilleure connaissance de moi-même.

L’haptonomie c’est donc une façon de tisser des liens à trois avec son compagnon et son enfant et pour moi une façon aussi de tisser des liens avec moi-même en favorisant cette ouverture du corps. Et quelque chose me dit que cette ouverture du corps pourrait être utile dans la perspective d’un accouchement…

Grossesse

La sage-femme qui ne portait pas de blouse 

Ma sage-femme a l’air de sortir d’un album de Janis Joplin. Elle aborde les examens comme des séances de thérapie. Elle nous demande toujours sincèrement comment ça va et nous tutoie. Elle croit que les bébés sont télépathes (ce qui fait s’étrangler ma psy). Elle dit je te trouve très belle quand je demande si je suis dans la courbe de prise de poids. Elle achète un lubrifiant spécialement pour moi parce que son gel habituel me démange. Elle a parlé au bébé à travers mon ventre bien avant moi. Elle me répond au téléphone ou me rappelle systématiquement. Elle dépose les ordonnances d’homéopathie dans ma boîte aux lettres en rentrant chez elle. Elle ne vérifie mon col par toucher vaginal qu’une fois sur deux sauf si je suis inquiète. Elle limite le doppler parce que bébé n’aime pas ça. Elle ne me juge pas. 

Au début j’étais mal à l’aise. Je l’avais choisie elle parce que tout l’Ithaque bobo, mon Ithaque, ne jurait que par elle. J’aurais pu m’enfuir après le 1er rdv mais ses places sont rares et je voulais l’avis de Thésée. Qui l’a adorée ! Pour la première fois en deux ans, un soignant s’adressait à lui et lui demandait ce qu’il ressentait. Moi pour la première fois en deux ans, un soignant ne portait pas de blouse et prenait mille précautions avant d’oser même poser une main sur moi. Ça m’a déstabilisée. Ça créait une proximité qui me dérangeait. J’avais l’habitude d’être intimidée par le corps médical, ne pas l’être ne sonnait pas « vrai ». Je ressentais le même rejet que devant une mère traitant sa fille comme une copine. Quelques chose de l’ordre du naturel qui n’était pas à sa place. Mais mon « naturel » n’était lui-même pas à sa place, forgé par des années de rapport inégal patient-soignant, en soumission à l’autorité médicale dont par ailleurs je me croyais affranchie. Je ne suis pas totalement « guérie », je la trouve toujours un peu perchée mais je me suis habituée, j’aime qu’elle sache m’accompagner plutôt que me traiter. 

Aujourd’hui avait lieu le rdv du 6e mois. C’est un bébé énergique. Plus que moi qui suis épuisée. Je suis arrêtée une dizaine de jours pour voir si le repos soulagera mes douleurs pelviennes. Les semaines s’écoulent, mon bassin se grippe et j’apprends des mots nouveaux : diastasis de la symphyse pubienne, hypertonie périnéale, ostéopathie intra-pelvienne. Malgré la douleur, le bonheur de sentir cet être vivre à l’intérieur de moi ne faillit pas. Et j’ai beau avoir l’impression parfois que mon corps se déchire, je ne l’ai jamais senti aussi entier et unifié. Je commence à devenir moi aussi un peu perchée…