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Faux-départs 

Nous sommes à 9 jours du terme. Depuis deux semaines, les contractions se sont intensifiées. Plus fréquentes, plus longues, plus rapprochées, plus douloureuses. Mais inefficaces. Le bain et les anti-spasmodiques n’ont pas d’effets. La pleine lune et les tisanes de framboisier non plus. Elles reviennent, plusieurs fois par heure, irrégulières, toute la nuit, toute la journée, au moindre effort. Je ne les compte plus. Si je devais les chronométrer systématiquement, je passerais mon temps sur ma montre. Chaque soir on croit que c’est parti et puis non… Je me demande comment avec un utérus si contractile on répère le début du travail. Tout le monde dit que je saurai quand ce sera la bonne. Je regarde des reportages sur les accouchements inopinés et je n’en suis pas certaine. Je ne suis pas vraiment stressée mais je commence à être épuisée… 

« Le petit prince, qui assistait à l’apparition d’un bouton énorme, sentait bien qu’il en sortirait une apparition miraculeuse, mais la fleur n’en finissait pas de se préparer à être belle, à l’abri dans sa chambre verte. »

Je sens au fond de moi qu’il y a des désirs contradictoires qui luttent. Cette grossesse tant désirée est passée si vite et touche à sa fin. Les douleurs ligamentaires me pressent d’en finir et nous sommes impatients de rencontrer notre petit(e) d’homme. Mais j’aime le porter/protéger dans mon ventre. Et on a tellement dit à ce bébé de s’accrocher… 

Je découvre aussi quelque chose de plus profond encore. Tapi dans mon inconscient, la peur qu’on me le dérobe. Cette nuit, j’ai rêvé que, sur le point d’accoucher, des jumeaux m’avaient pistée à travers la forêt pour me le voler à la naissance. Au quotidien, l’euphorie de ma belle-mère pèse sur moi comme une menace. Son excitation est telle que je la ressens comme une appropriation. Je sais que lors de ma première année, mes parents descendus en Espagne pour me présenter à la famille, avaient été arrêtés à la frontière. Il avait fallu l’aide de gens haut placés pour convaincre les douaniers. Ils n’avaient pas pris le livret de famille, on était encore au cœur du scandale des bébés volés. 

Sur ses réflexions psychanalytiques, je vais aller faire un peu d’entraînement du périnée. Je voulais vous parler de la méthode Epino pour éviter l’episiotomie mais ce sera pour le prochain billet. À moins que cette nuit…