Grossesse

Gros(sesse et) travaux

Il y a 7 ans, un peu à l’étroit dans notre 35m², on a commencé à chercher un nid plus grand avec Thésée. On a mis un an à trouver la maison de nos rêves. Accrochée à la falaise, les pieds dans l’eau, suffisamment proche du centre-ville pour qu’on aille travailler à pieds et ne pas avoir à prendre la voiture pour rentrer quand on aurait passé la soirée au bar avec les Argonautes. Une maison ancienne avec un potentiel caché dans ses espaces et sous les placos. Avec des qualités pareilles et au regard de notre budget, il fallait bien que les travaux ne ne limitent pas à quelques rafraîchissements. Faute d’argent, on s’est contenté de l’électricité et on a posé nos valises sous les plafonds fissurés. Au fil du temps, on a cassé des cloisons pour faire entrer la lumière et repassé un coup de blanc sur les effets picturaux très personnels des précédents propriétaires.

Il y a 4 ans, on a commencé à avoir envie de transformer la chambre d’amis en nursery. Les difficultés ont pompé une grande partie de notre énergie. Nos corps étaient fatigués et notre foyer sans enfant nous paraissait trop grand. Les portes des pièces vides et délabrées sont restées fermées jusqu’à l’an dernier. Il y eu les IAC ratées et la FIV bâclée qui a laissé dans le mur l’empreinte du poing de Thésée. L’espoir a vacillé, il nous fallait des projets. C’est là qu’a commencé le chantier.

On s’est bien dit que si je tombais enceinte, ça allait être un peu galère les émanations et la poussière. Mais puisqu’on ne savait pas combien de temps durerait l’attente et si elle aurait une fin, on s’est lancé. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on n’a pas fait les choses à moitié. Sur nos 150m², une dizaine a été épargnée. Quand la FIV d’octobre a marché, j’ai cessé de participer si ce n’est pour dessiner salle de bains, dressing et papoter avec les copains et artisans autour d’un café. On a mis en cartons et monté au grenier toutes nos affaires et on s’est installé avec le strict minimum dans notre petite chambre de bonne. Ça devait durer deux mois, ça en aura duré huit. Huit mois pendant lesquels mon ventre s’est arrondi, pendant lesquels les plafonds et les murs sont tombés puis remontés, pendant lesquels Thésée s’est épuisé sur tous les fronts pour que notre nid soit prêt pour l’arrivée de bébé. Il y a eu quelques journées d’hiver orageuses où recluse dans ma chambre de fortune, bercée par le son des coups de masses et des meuleuses, je regrettais d’avoir dû être arrêtée si tôt dans ma grossesse. Elles ont été rares tant j’étais heureuse de voir que notre petit d’homme prenait ses quartiers et que la maison qui allait l’accueillir s’embellissait.

Voilà deux jours que j’ai réintégré le foyer. Les parquets sont poncés et huilés, les papiers peints sont posés, les peintures et la chaux sur les murs ont séché, les meubles sont débâchés, l’aspirateur est passé. Il reste et restera toujours une infinie montagne de finitions mais la maison pourrait presque poser pour Elle&Décoration.

 

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L’échographie des 32sa

Dans le hall de l’hôpital, on tombe nez à nez avec le Dr Athéna. La dernière fois qu’on s’est vu, c’était le 24 octobre 2016, date du transfert de notre blastocyste le plus costaud. Elle pousse un petit cri de joie. Elle est contente de nous voir. Elle répète par deux fois Ça vous va tellement bien. On exprime notre reconnaissance. On est tous les trois un peu émus. Elle dit qu’elle fait des gardes, alors peut-être qu’elle sera là le jour où il arrivera.

La sage-femme qui nous reçoit nous prévient : à 7 mois on ne voit plus grand-chose à l’échographie, le fœtus étant maintenant à l’étroit. A 22sa, notre bébé s’était tellement caché qu’on ne s’attend pas à être frustré. On le retrouve dans sa position préférée : tête en bas, dos à droite, le nez dans le placenta. En 10 semaines, je n’ai pas pris beaucoup de poids mais lui oui. Il atteint presque les 2kgs, ce qui pourrait donner à terme un « beau » bébé de 3,5kgs. Tout est bien, là où il faut. On se cache les yeux, l’échographiste note « organes génitaux normaux ». Elle dit comme d’autres avant elle : c’est un bébé très actif. Elle dit aussi il est trop mignon quand il vient chatouiller son nez de la main. Ça me fait bizarre ; comme si, avec ce geste et ce compliment, il devenait une personne. Je réalise… c’est donc ça le soupçon de fierté qu’on ressent quand on est flatté par une remarque sur son enfant.

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C’est un peu court… et puis non

Cette nuit, poussée par un nouvel épisode de contractions rapprochées (et trop de recherches Google-c’est le mal), je finis par appeler les urgences gynéco qui me disent de venir. Thésée abandonne son comptoir. Pour la première fois depuis des mois, je sens une montée de stress. L’hôpital est désert. On est pris en charge très vite. Je me retiens de taper l’élève sage-femme qui appuie à me faire hurler sur ma symphyse pubienne. Le monitoring confirme un utérus contractile. Le sage-femme de garde fait le même constat au toucher que Cassandre la veille : col raccourci. L’interne en obstétrique m’explique ce qu’est une échographie endo-vaginale (haha). L’examen est beaucoup plus fiable et c’est tant mieux parce qu’à l’écran mon col fait 40mm et joue donc bien son rôle de verrou utérin. Bébé a bien la tête en bas mais n’appuie pas dessus. Et il est en pleine forme. Il faut surveiller, ne pas hésiter à revenir, limiter les efforts pour limiter les contractions mais ils sont tous très rassurants ! Je vois s’éloigner les lettres MAP (Menace d’Accouchement Prématuré), dont l’anagramme trop familier réveillait en moi l’angoisse d’une traversée compliquée. 

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L’ostéopathie intrapelvienne 

Après avoir essayé l’ostéopathie classique, l’acupuncture, l’homéopathie, la méditation et le Qi Gong, j’ai fini par suivre le conseil de ma sage-femme pour soulager mon syndrome de Lacomme. Janis m’a envoyé essayer l’ostéopathie intrapelvienne chez Cassandre, une sage-femme spécialisée.

Je vous disais le mois dernier que Janis était un peu perchée. Bah à côté de Cassandre, Janis c’est Descartes réincarné.
Lors de ma première séance il y a deux mois, j’ai hésité à prendre mes jambes à mon cou  à peine installée. Cassandre est haptonome mais elle n’a pas besoin de toucher mon ventre pour communiquer avec mon fœtus. Bébé lui parle directement quand je suis assise en face d’elle. Oui oui, elle s’interrompt parce qu’il lui « parle ». Et ça au bout de 5 minutes d’entretien (juste après m’avoir expliqué qu’elle procédait à deux touchers vaginaux et un anal). Je vous laisse imaginer mon sourire crispé. C’est donc les mâchoires et l’anus un peu serrés que je m’installe sur le matelas. Elle me propose deux gouttes d’élixir floral parce que ça l’appelle depuis le matin. Oui oui ça « l’appelle ». Une goutte pour la féminité, une autre pour les ancêtres… Au point d’incrédulité où j’en suis à ce moment là, elle pourrait tout aussi bien me dire qu’un farfadet embouteille l’eau-de-vie dans la pièce d’à-côté. J’ai pas bu d’alcool depuis 5 mois, j’ai l’impression de me prendre un shoot sur le comptoir de Thésée.
La séance qui suit est contre toute attente miraculeuse. Cassandre a un côté allumée mais c’est la délicatesse incarnée. Le travail est désagréable mais pas douloureux. Elle a les mots et les silences qu’il faut. Je sens les tensions se dénouer sous ses doigts. Elle suppose un sacrum fêlé et des adhérences sur le côté gauche (l’ostéo classique me l’avait diagnostiqué aussi). Et révélation ultime pour moi, je prends conscience de mon périnée. Pas juste le muscle qu’on sent quand on s’exerce à touche-pipi, non le muscle intégral sur lequel reposent mes organes. Le hamac dont me parle mon haptonome prend enfin sens. Cette découverte est essentielle pour moi, c’est grâce à elle que j’envisage mon accouchement sereinement. Ça peut paraître obscur mais j’ai l’impression de panser une déchirure, d’enfin reconnecter ma tête à mon ventre. C’est une approche qui devrait être conseillée en PMA, parce qu’il y a toujours, quand les essais s’éternisent, un moment où l’on a l’impression de se battre contre son propre ventre.

J’ai déjà fait trois séances. C’était pas gagné au départ mais Cassandre m’inspire confiance. Elle fait aussi des manipulations externes, très douces et de l’osteo crânienne. Je sors toujours épuisée mais je gagne en mobilité. Pendant les jours qui suivent, je peux de nouveau soulever la jambe gauche sans souffrance. Les douleurs au périnée et au coccyx sont devenues rares. Seule la symphyse pubienne résiste et là, même elle dit que c’est l’accouchement qui m’en libèrera.
Cassandre exerce à l’hôpital. Il y a donc une petite chance qu’elle soit là quand ça arrivera. La mauvaise nouvelle de la séance d’hier, c’est que ça pourrait arriver bien plus tôt que prévu. Les contractions se sont multipliées depuis deux semaines et ont modifié mon col. Court, mou mais encore fermé : repos forcé. L’échographie des 32sa est prévue le 17 mai. A moins que le stress nous pousse plus tôt vers la maternité.

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Le syndrome de Lacomme (entre indifférence et impuissance du corps médical)

Parfois ça soulage de mettre des mots sur des maux. Le mal a un nom, il s’appelle syndrome de Lacomme. C’est une pathologie, pas une maladie. On la considère comme trouble mineur de la grossesse. Et on la dit sans remède. Dans ces cas là, ça ne soulage pas de mettre des mots sur des maux. 

C’est une pathologie courante. Elle touche 1 femme enceinte sur 5. Plus ou moins lourdement. Plus ou moins tôt. Majoritairement à 5-6 mois. Moi ça a commencé dans le 3e mois. J’ai toujours aimé défier les statistiques. 

Les symptômes sont des douleurs localisées dans le bassin : symphyse pubienne, ceinture pelvienne, fesses, bas-ventre, aines. Elles se manifestent par des sensations de pesanteur, tiraillements, décharges, déchirements. Elles seraient dûes aux étirements des ligaments et des tendons de cette région du corps. Peut-être dit-on aussi aux hormones… Elles peuvent devenir si violentes qu’il devient impossible de marcher. 

Il y a le regard démuni de la sage-femme, les mots compatissants de l’haptonome, la répétition impuissante des gestes de l’ostéopathe, l’ignorance du médecin généraliste qui conseille de faire du vélo (!!) et de s’enfiler du paracétamol à haute dose. Vous êtes menue c’est pour ça, à votre deuxième grossesse ça ne le fera pas. Ce qui me fait une belle jambe et est complètement faux. Le syndrome se reproduit, voire s’aggrave de grossesse en grossesse. 

L’avantage c’est que ce n’est pas dangereux pour le fœtus et que ça diminue puis disparaît après l’accouchement. C’est pourquoi on dit le mal « mineur » et certainement aussi pourquoi on ne lui cherche/trouve pas de solution. À mal mineur, minorisation de la douleur. La femme enceinte souffre, c’est normal, c’est la vie diraient certains médecins.

Moi je crois que ce n’est pas normal d’avoir l’impression que son sexe se déchire au moindre mouvement : se tourner la nuit dans son lit, sortir de la voiture, lever le pied pour marcher, se baisser pour ramasser un objet. Je crois que ce n’est pas la vie de finir sa grossesse dans un fauteuil roulant comme je l’ai lu dans trop de témoignages. Je crois que ce n’est pas mineur quand l’épuisement généré par la douleur peut conduire à un accouchement précoce ou avancé sur décision médicale. 

Comme je ne suis pas une défaitiste, que je déteste qu’on me dise c’est comme ça, que le parcours en PMA m’a appris à creuser toutes les possibilités et à remettre en doute les avis du personnel médical compétent, que je garde un bon moral tellement je suis contente d’être enceinte malgré ça, je persévère à trouver des pistes d’amélioration et j’y crois !

Je consacrerai un article entier à l’ostéopathie intra-pelvienne. C’est pour moi ce qui se révèle le plus efficace pour soulager la douleur. C’est la découverte que fait d’ailleurs cet ostéopathe révolté par le manque de considération du corps médical envers sa femme atteinte du syndrome de Lacomme. 

Pistes complémentaires 

On evite les efforts prolongés. Mieux vaut bouger peu en plusieurs fois. Pas de natation, la brasse notamment se terminerait en torture. La douleur s’accentue dans les heures qui suivent l’activité. J’ai souffert le martyre après une séance d’antigym pourtant c’est pas bien violent… Dans les efforts ponctuels comme le geste fou de lacer ses chaussures, éviter de bloquer sa respiration, expirer profondément, longuement. Réflexe magique et qui devrait se révéler sacrément utile d’ici trois mois… 

On peut commander pour une trentaine d’euros une ceinture de grossesse type Physiomat. Moi ça me soulage dans la marche. 

2 mois de traitement homéopathique chez moi n’a pas eu d’effets. J’évite tout médicament allopathique même ceux supposés innofensifs. J’ai lu plusieurs fois qu’une cure de magnésium peut être bénéfique. À voir avec la sage-femme si ça vaut le coup. 

J’ai fait une séance d’acupuncture, sans conséquences. Je réessaierai peut-être. On peut se pencher vers l’ostéopathie, chez moi ça génère un léger soulagement. Ou tester la kinésithérapie. Les massages des jambes, bercements et decambrages enseignés par l’haptonome à Thésée font du bien. 

J’ai lu plusieurs fois que le sexe était conseillé. Je n’y vois pas d’efficacité sur le long terme mais c’est bon pour le moral ! Ça génère des endorphines, ce qui endort temporairement la douleur. Évidemment impossible de tester l’intégralité du kama-sutra, on se concentre sur les positions qui tirent le moins sur les ligaments du bassin.  Souvent celles conseillées pendant la grossesse de toute manière. Pour éviter que la pénétration n’augmente les douleurs de contractions du périnée, on desserre ses mâchoires. Ça paraît absurde mais c’est magique. Je reviendrai sur ce lien mâchoire-périnée dans un article sur la préparation à l’accouchement avec l’antigymnastique. 

Le repos reste le meilleur des alliés. Mon arrêt est prolongé. Je risque de ne pas retourner travailler d’ici mon congé maternité. C’est frustrant mais je peine à marcher et suis épuisée. Les douleurs nocturnes sont les pires. Il faut arriver à maintenir une parfaite immobilité… difficile en dormant. Du coup multiplier les siestes dans la journée. Au moins s’allonger. 

Voilà c’est un article un peu long mais qui j’espère sera utile à celles souffrant du même syndrome qui tomberont dessus au gré de leurs recherches sur ce mal mal-connu. Pour s’informer plus encore sur le sujet, je conseille la lecture du mémoire d’Elsa Barré, diplômée de l’école de sage-femmes de Caen en 2013 : Le syndrome de Lacomme : quelle prise en charge ? Ça donne envie que des chercheurs creusent les études qu’elle y mène. 

Grossesse

J’ai glissé dans l’escalier

Le temps de mon arrêt je me suis éloignée des travaux de la maison et suis allée me mettre au vert chez mes parents. 

C’est arrivé hier matin. 

Je m’étais réveillée de bonne humeur. J’avais dormi longtemps. J’étais sortie du lit sans douleur pour la première fois depuis deux mois. La maison était vide. J’avais enfilé un tee-shirt oublié par mon frère. J’étais montée à l’étage pour me peser. J’avais souri devant le poids annoncé. Je m’étais étirée en haut de l’escalier. J’avais posé le pied sur la première marche. Trop loin. 

C’est une chute d’une seconde. Une seule seconde pendant laquelle on a le temps de penser à un millier de choses. Toutes concentrées sur la protection d’une chose en particulier. Le cerveau reptilien prend le relais. Basculer son corps vers l’arrière. Calculer l’angle de l’escalier. Freiner du pied. Attraper la rampe. Tourner son bassin pour amortir de la fesse. Dix marches plus bas, je me redresse et m’assois. Je scanne mentalement et rapidement les points d’impact. C’est vif mais les coups pris par le pied, l’avant-bras et la fesse gauches sont artificiels et se transformeront en hématomes. Le pouce droit par contre est tordu. J’ai un trait de caractère utile, je cède rarement à la panique. Je puise à toute allure dans la bibliothèque de mon cerveau. Qu’est-ce que j’ai lu sur les chutes pendant la grossesse ? Bébé est extrêmement bien protégé dans sa bulle de liquide amniotique et je ne suis pas tombée sur le ventre, pas de raison de s’inquiéter. J’ai épargné mon coccyx et donc évité d’aggraver les douleurs pelviennes. Mais mon cœur s’est emballé. Il faut donc rassurer bébé. Je pose tant bien que mal mes mains sur mon ventre. Je respire en profondeur pour essayer de ralentir mon rythme cardiaque et diminuer la douleur. Pendant cinq minutes, rien ne se passe. Je calcule qui de mon père, ma mère ou mon amie Diane mettrait le moins de temps à arriver si je l’appelais. Mais ça y est, il a bougé. 

J’appelle Thésée. J’ai un peu honte d’être tombée. Je sais qu’il sera inquiet. Après avoir raccroché, je trouve de la glace, googlise « entorse du pouce », avale des granules d’arnica. J’appelle Janis, ma sage-femme qui me conseille les compresses de chou vert, c’est anti-inflammatoire. L’articulation est touchée, j’en ai pour des semaines avant de pouvoir plier le pouce sans douleur. Quand il rentreront déjeuner, ma mère demandera si j’étais en chaussettes, mon père dira il faut faire attention. J’aurai de nouveau 13 ans. Quand j’avais glissé dans l’escalier de notre terrasse. C’était une autre maison. Je m’étais ouvert l’arrière du crâne sur une marche en pierre. Depuis deux mois que les ostéopathes me demandent si je suis tombée sur le sacrum, c’est à cette chute que je repense. La veille encore je l’évoquais avec l’haptonome. 

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Des bienfaits de l’haptonomie sur l’ouverture du corps

C’est un numéro qu’on se passe un peu sous le manteau. Elle était pédiatre. Elle pratique l’haptonomie depuis 35 ans. Elle a eu l’autorisation de rester conventionnée à sa retraite. Elle exerce chez elle deux jours par semaine. C’est une collègue qui m’a recommandée. Je l’appelle Molly comme la fille qui dans Ghost faisait de la poterie et parlait aux esprits.

J’avais entendu parler de l’haptonomie par de nombreuses personnes sans creuser le sujet. Les hommes surtout avaient des paillettes dans les yeux quand ils évoquaient l’expérience. Du coup je voulais surtout le faire pour Thésée. J’avais googlisé rapide, étais restée sceptique sur la « science de l’affectivité », avais lu que c’était contradictoire avec une préparation à l’accouchement classique. Or moi qui aime bien le classique quand je me lance dans l’inconnu et qui avais envie d’être accompagnée par ma sage-femme Janis, ça me contrariait que ça soit contradictoire. Alors si ça nous plaisait et si financièrement c’était gérable j’allais insister pour faire les deux. Je n’ai pas eu à insister, Molly dit que tout est bon à prendre. Sauf nos économies ! Puisqu’elle est conventionnée, on garde les remboursements de la Sécu sur la prépa classique et on amortit les 60€ du coût de la séance grâce aux feuilles de soins.

Molly a des mains magiques. Sous elles, bébé réagit immédiatement et vient se coller dans leurs paumes.  Elle a une approche simple et très didactique. Elle dit bien d’ailleurs que c’est une approche, pas des exercices. Elle s’exprime et explique par le geste. Elle appuie sur l’épaule de Thésée pour montrer la différence entre un appui et un soutien. Elle m’apprend à faire de la place au bébé. Qui depuis a arrêté de s’appuyer sur ma vessie. Le pouvoir de suggestion, de projection a un rôle primordial : à imaginer un matelas de plumes en place du périnée et un parapluie dans sa cage thoracique, on parvient à agrandir le ventre. Bébé ayant plus de place dans l’utérus, il bouge plus facilement, circulant là où on l’invite de la main ou de la pensée. Les mains de Thésée révèlent leur pouvoir sous ses conseils. Bébé les préfèrent aux miennes, il sort de son sommeil pour s’y coller dès qu’elles se posent sur mon ventre. Simplement posées, bienveillantes, ses mains soulagent les tensions. Molly lui apprend à masser, étirer, bercer. Elle adapte le programme en fonction de mes douleurs pelviennes et nous donne des trucs pour les soulager.

Je ne suis pas totalement à l’aise sous ses mains caressantes et me crispe quand elle veut que je m’assois sur ses genoux. Je ne suis pas tactile et les étreintes en dehors de celles de mon père et celles de Thésée me sont habituellement désagréables. J’ai été élevée dans la sécurité affective mais sans que ça passe par des démonstrations de tendresse de la part de ma mère. L’amour ne passait pas par le geste. Au point que je me demande si je ne vais pas reproduire malgré moi ce schéma maternel. Je prends sur moi dans ces séances d’haptonomie. Je croyais faire ça pour Thésée. Mais je sens que des verrous cèdent et me préparent à mon devenir-mère. Cette pratique réveille en moi le besoin du toucher. C’est nouveau, ça m’effraie un peu parce que j’ai l’impression de régresser dans la recherche d’un réconfort mais ça complète le travail analytique entamé au moment de l’entrée en PMA et qui m’aide à acquérir une meilleure connaissance de moi-même.

L’haptonomie c’est donc une façon de tisser des liens à trois avec son compagnon et son enfant et pour moi une façon aussi de tisser des liens avec moi-même en favorisant cette ouverture du corps. Et quelque chose me dit que cette ouverture du corps pourrait être utile dans la perspective d’un accouchement…