Apartés

On est sérieux quand on a 17 ans

Il y a 17 ans, j’allais avoir 17 ans.
C’était un 26 mai.
On s’embrassait pour la première fois.

C’était un baiser fougueux et emprunté. La bibliothécaire qui nous a chassé ce jour-là ne pouvait se douter que notre amour avait patienté cinq mois couché sur le papier. Il fallait bien l’indécence d’un baiser passionné pour briser le silence de notre liaison épistolaire et abroger les distances parcourues par nos courriers. Nous n’avions pas quitté l’adolescence et cette rencontre allait ancrer nos fantasmes dans la réalité. Que pouvait donc nous importer la bienséance ?

Dans un an, notre amour aura atteint sa majorité. Nous ne serons plus deux. Il y aura une nouvelle date importante sur le calendrier.

l’histoire de cette correspondance, c’est par ici.

Apartés

Portrait chinois

J’ai été absente longtemps. Je reviens sur la pointe des pieds dire que tout va bien. Un quotidien chargé, une grande fatigue et le besoin de déconnecter m’ont éloignée de la toile. Avant de m’enquérir de vos nouvelles, je voulais sortir cet article des brouillons.

Merci à la douce Charlie d’avoir pensé à moi pour répondre aux chinoiseries de Mme Ourse.

Si j’étais un objet, je serais un stylo. Pour écrire. Des pensées, des histoires, des listes et des mots doux.

Si j’étais une couleur, je serais du noir pour sa sobriété ou du rose pour sa légèreté.

Si j’étais un pays, je serais l’Espagne, la terre de mes racines.

Si j’étais un son, je serais le chant des baleines.

Si j’étais une odeur, je serais celle du thé japonais.

Si j’étais une saison, je serais définitivement l’été.

Si j’étais un couple (ou duo), je serais avec Thésée les amoureux de Là-haut.

Si j’étais une fleur, je serais une grappe de fleur d’acacias.

Si j’étais un poème, je serais ces vers d’Eluard : Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion / Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas / Tu crois être le doute et tu n’es que raison / Tu es le grand soleil qui me monte à la tête quand je suis sûr de moi. (Je t’aime, Le phénix, 1951)

Si j’étais un proverbe, je serais : Il ne faut pas dire, fontaine, je ne boirai pas de ton eau.

Si j’étais un moment de la journée, je serais l’heure entre chien et loup où l’on s’arrête de travailler pour regarder la lumière.

Si j’étais une date, je serais le 26 mai 2000, le jour de notre premier baiser.

Si j’étais un objectif, je serais celui d’un appareil photo.

Si j’étais un souvenir d’enfance, je serais celui des jeux avec ma soeur, du temps où l’on disait la petite pour elle et la grande pour moi.

A mon habitude, j’invite les trois derniers abonnés de mon blog à prendre la suite de la chaîne si ils ne l’ont déjà fait : La Reine de la Pma, Tidoum et Mam’Weena.

Apartés

Où Pénélope cueille des champignons qu’elle ne mangera pas

C’est un jour où on hésite. On a traîné le matin. On se dit que ce serait bien. Pour le chien qui n’est pas beaucoup sorti ces temps-ci. Pour s’oxygéner. Mais on est bien dans le canapé. Puis l’un de nous donne l’élan. Je ne prends pas le temps de me coiffer ou de me maquiller. Qui pourrait-on bien croiser en forêt ? J’attrape mon appareil, Thésée la laisse et le panier. On enjambe les ronces. Le soleil ne va pas tarder à se coucher. Mes chaussettes à défaut d’élastique se ratatinent au fond de mes bottes. Argos marche devant. Nous sifflons quand il disparait. Sous les fougères, à l’ombre des sapins, les chanterelles poussent sur des pieds fragiles. La collecte assaisonnera une omelette. C’est Thésée qui se régalera. Pour moi les arbres se ressemblent. Je ne me repère pas. Lui ne se perd pas. Quand on quitte les bois, la nuit est tombée. Demain il faudra retourner travailler.